Quelques pages de bande dessinée de temps en temps.

Une critique essayant d'être intéressante à cette occasion.

Un aspect particulier de la bande dessinée à chaque critique.


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samedi 4 janvier 2014

La bande dessinée est une représentation.

(Désolé, aujourd'hui ça va parler plus de dessin que de bande dessinée.)

(Je sais, c'est moche.)

Parce que je crois bien que
Crumb va essayer de nous montrer quel est le vrai sujet d'une bande dessinée (en l’occurrence, c'est lui-même).


Oui, bin, pour une fois, une couverture. Ça fait partie d'une bande dessinée, non, une couverture ? Alors flûte !


TANT QU'ON Y EST AVEC TONTON SCHOPENHAUER, RESTONS-Y. POUR, CETTE FOIS, PARLER DE LA « REPRÉSENTATION ».

Schopenhauer part du principe qu'un daltonien ne pourra jamais imaginer comment peut voir une personne-aux-cônes-banals, et inversement. (Il ne part pas du tout de ce principe, mais j'essaye d'expliquer, chut.) De la même manière, quand on a 12 ans d'âge mental comme moi, on s’assoit sur son bras très longtemps, et après on n'a plus aucune sensation de toucher, et on rigole drôlement, et tout ce qu'on essaye de saisir est perçu différemment.


Bref : nous sommes esclaves de nos sens !

DITES DONC, C'EST DRÔLEMENT BASIQUE, SCHOPENHAUER, EN FAIT !

Ce que Schopenhauer traduit de manière ampoulée en :

Le monde est ma représentation. Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l’homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu’il est capable de l’amener à cet état, on peut dire que l’esprit philosophique est né en lui. Il possède alors l’entière certitude de ne connaître ni un soleil ni une terre, mais seulement un œil qui voit ce soleil, une main qui touche cette terre ; il sait, en un mot, que le monde dont il est entouré n’existe que comme représentation dans son rapport avec un être percevant, qu’est l’homme lui-même.

AH ! ÇA VA ! ÇA FAIT UN PEU PLUS CHIADÉ.

On ne connaît pas vraiment l'univers. On ne le connaît qu'à travers ce qu'on en perçoit, la manière dont on le perçoit, la manière dont on le comprend.

On n'est même pas certain de ce que l'on perçoit. Nos sens peuvent être complètement à l'ouest (comme quand on s’assoit sur sa main), et, donc, la seule chose dont on soit sûr, c'est qu'on perçoit quelque chose, qu'on en a une représentation ; mais on ne sait absolument pas si cette représentation est fiable en quoi que ce soit. Seulement, on n'a que ça a se mettre sous la dent, alors il faut faire avec.

Aucune vérité n’est donc plus certaine, plus absolue, plus évidente que celle-ci : tout ce qui existe, existe pour la pensée, c’est-à-dire, l’univers entier n’est objet qu’à l’égard d’un sujet, perception que par rapport à un esprit percevant, en un mot, il est pure représentation.

BREF. LE MONDE EST UNE REPRÉSENTATION.

Partant de là, et de l'idée que chacun se représente un peu l'univers à sa sauce et dans son coin, Schopenhauer enchaîne avec cette positive attitude qu'on lui connaît :
Chacun est enfermé dans sa conscience comme dans sa peau.

SAUF QUE OUI. MAIS SAUF QUE NON.

Comme j'ai essayé de l'expliquer ici, là, ou là, ou encore ici (je dis pas que j'ai réussi, mais j'ai au moins essayé ; paix aux âmes de bonne volonté, tout ça), la bande dessinée (et les autres arts, hein, mais si vous vouliez des analyses poussées concernant la peinture sur bois, vous vous êtes gouré d'adresse) permet de montrer, de communiquer les images qu'on a dans la tête, et, par delà, d'essayer d'impliquer le lecteur dans les propres pensées de l'auteur (comme là, ou làlà ou làlàlà, lala la schtroumpf lala).

Et, parfois, ça marche du tonnerre de Brest. 


Dans ce cas, l'auteur ne monte pas sur un petit trépied pour nous dire « vous êtes tous des débiles, je vais vous montrer comment le monde est vraiment » (enfin, certains le disent, mais on va les laisser dans leur coin), la plupart des auteurs sont plutôt à murmurer « je vais essayer de vous expliquer comment je perçois moi les choses. ».


Ou, plus exactement encore, les auteurs perçoivent des choses, les représentent, et nous laisse nous démerder avec.

ET A CE PETIT JEU, ROBERT CRUMB EST TRÈS FORTICHE.


Robert tel qu'il se voit, avec de légers problèmes de communication.

Ha la vie est pas facile tous les jours quand on s'appelle Robert.

Ce n'est pas parce qu'on est timide, qu'on s'appelle Robert, et qu'on est (selon les mots de Schopenhauer) un peu plus « enfermé dans sa propre conscience », qu'on ne peut pas essayer d'établir une communication avec les autres. Et, pourquoi pas, via le dessin.


Robert nous explique son projet.

Partant de là, Robert a décidé de TOUT montrer. Mais alors tout tout tout tout tout. Même le moins flatteur. Sans se poser de questions. (Presque) Tout ce qu'il voit, il le dessine. Et il le dessine de manière à mieux décrire comment il perçoit l'objet dessiné. De manière à mieux décrire ce que représente l'objet dessiné pour lui.

C'EST UN PEU COMPLIQUE, ALORS DEUX EXEMPLES :


The view, les choses tel qu'il les voit, à proprement parler.

Dans son carnet de croquis, d'autres choses tel qu'il les voit, mais de façon bien moins réaliste...

LE PAYSAGE.


La manière réaliste de la première image (the View) est en fait un trompe-l’œil. Ce que nous transmet Crumb (enfin, à mon sens, selon moi, à mon humble avis, je peux me tromper), c'est l'aspect paisible de ce paysage. Le réalisme était la meilleure façon de transmettre ce sentiment, alors il a réalisé un dessin réaliste. Mais ce qui l'intéressait dans ce dessin (enfin, à mon sens, selon moi, à mon humble avis, je peux me tromper), c'était de transmettre, de sauvegarder l'impression que ce paysage avait laissé sur lui.

Sans fioriture, sans ajouts, sans perturbations extérieures, le paysage nous apparaît paisible. Tenter de le simplifier, enlever des bouts, rajouter de l'interprétation ; tout cela créerait comme une interférence entre nous et ce paysage, rajouterait d'autres analyses possibles, d'autres niveaux de lecture. Bref : ça foutrait le bordel ; et nuirait au sentiment transmis : c'est paisible.

En ce sens, ce dessin, même réaliste, est déjà subjectif, puisqu'il sauve sur le papier l'impression que le paysage a laissé dans le petit cœur mouillé de Crumb, plus que le paysage en lui-même. (Cette phrase était bien trop compliquée, je vais aller m'étendre sur mon lit quelques secondes pour m'en remettre.)

LES CHIENS.

Dans la deuxième image, pour bien transcrire la manière dont il perçoit les choses, Crumb distord
 cette fois-ci la réalité. On n'est plus dans une représentation réaliste parce qu'une représentation réaliste ne suffirait pas à fixer sur le papier ce que ressent Crumb (un côté un peu, euh... grégaire, on va dire, de l'espèce humaine).

DONC, BON.

A chaque dessin, Crumb va se glisser dans un style, va adapter au mieux son dessin pour représenter sur le papier les sentiments qui l'habitent (ce n'est pas sale) (on ne recule devant aucun gag facile) au moment de dessiner précisément ce qu'il dessine. Dans ses croquis, il est ainsi au plus proche de sa représentation personnelle du monde, de ce qu'il voit, non filtrée par l'obligation d'être compréhensible, ou accessible, ou divertissant.

ET DONC.

Crumb utilise tout le spectre du graphisme (du réaliste au caricatural) pour représenter, au mieux,  les choses telle qu'il les voit / les ressent vraiment.

A CHAQUE IMAGE, JE DONNE UNE PETITE INTERPRÉTATION, JE NE VAIS PAS RAJOUTER A CHAQUE FOIS « A MON HUMBLE AVIS », « A MON SENS », « JE PENSE QUE », MAIS LE COEUR Y EST.




On commence par le plus réaliste des réalismes réels. Pour dégager un côté « typique ».




On enchaîne avec un réalisme plus soft, moins détaillé, plus « sur le vif » (avec des mains chelous) pour transmettre (comme il l'explique dans le texte) un léger malaise.



On continue avec du « croqué sur le vif » où le trait est moins tenu mais aussi plus énergique (pour rendre l'aspect vivant des scènes avec enfants).




Ici, Crumb commence à parfois déformer les traits des personnes croquées pour essayer de mieux faire passer le caractère qu'il perçoit d’icelles. (Oui, « icelles ».)



PARENTHÈSE : JE VAIS ME FAIRE DES ENNEMIS. ENVOYEZ-MOI DES CAILLOUX, J'AIME ÇA.

Voilà pourquoi j'ai souvent du mal avec les dessinateurs dit réalistes. Il me semble qu'en étant UNIQUEMENT réalistes, ces dessinateurs se privent de beaucoup de cordes à des tas d'arcs et sont obligés de ruser pour transmettre les sentiments qu'ils veulent transmettre. Alors qu'il serait tellement plus simple de distordre un chouille leur dessin, la représentation (et donner une tête de chien à Largo Winch par exemple) (quand il est un peu triste) (pas tout le temps, hein, mais dans quelques cases) (par-ci, par-là).

Oui, mais, alors, on me répondra : « Mais t'as rien compris, pauvre pomme ! » (déjà, je trouve ça fort cavalier) « l'auteur réaliste veut représenter le monde tel qu'il est, pas tel qu'il le perçoit. ». Et moi de répondre : « Oui mais, justement, on ne connaît pas le monde tel qu'il est... On est enfermé dans sa conscience comme dans sa peau. Et tout ce qui existe, existe pour la pensée, c’est-à-dire, l’univers entier n’est objet qu’à l’égard d’un sujet, perception que par rapport à un esprit percevant, en un mot, il est pure représentation. Donc, une manière réaliste de représenter le monde, ça n'existe pas. Autant le représenter tel qu'on le voit nous. »

FIN DE LA PARENTHÈSE : JE SUIS PRÊT, FOUETTEZ-MOI, J'AI DU MERCUROCHROME.






Les déformations deviennent de plus en plus importantes pour rendre la personne croquée telle qu'elle est perçue par Crumb.



Et ça ne va pas en s'arrangeant.
Puisque, parfois, une simple petite déformation ne suffit pas à rendre le sentiment qui habite Crumb 
(texto : « I'm a piece of shit » ; bigre), il faut pousser le bouchon un peu plus loin, et y aller franco. Le dessin devient un système de pure captation sensible de ses représentations intérieures


... Jusqu'à carrément donner dans le métaphorique...


ET, LA, UNE AUTRE (PETITE) PARENTHÈSE.

On a beaucoup parlé de dessin, mais on peut élargir cela aussi au scénario. Le scénario, aussi, représente des trucs. Des personnages. Qui parlent de telle manière. Qui agissent de telle autre manière. Par exemple, ici, le scénario, ou ce qui en tient lieu (« je vais foutre un mec dans une boîte et ça va faire comme quand on est prisonnier de notre condition humaine ») fait partie intégrante de ce que Crumb veut représenter. Le dessin, ensuite, est schématique, parce que ce qu'il représente est lui-même un schéma : une idée. Le scénario est la matière première de la représentation des actes des personnages.

FIN DES DIVERSES PARENTHÈSES.


Bref, on peut déformer le dessin autant qu'on veut, pourvu qu'il s'agisse de servir / traduire / transcrire ce que l'on représente.


ET PUIS BON, FINALEMENT, ON PEUT CROISER LES EFFLUVES POUR REPRÉSENTER DIFFÉRENTS SENTIMENTS DANS LA MÊME IMAGE.


Des tas de niveaux de réalismes et de représentations différents dans la même image.
Ce qui nous met la tête dans le même état que le... euh... petit gnome sur le dos de la madame.


ET POUR EN REVENIR A CETTE HISTOIRE DE SUJET...

Finalement, Crumb laisse ses sentiments influer sur son dessin, le transformer. Ce dessin devient donc un système de captation sensible des sentiments qui traversent Crumb au moment de réaliser celui-ci. 

Le sujet, le vrai sujet de ses bandes dessinées (et de touuuutes les bande dessinées de l'uuuuuuuniiiiiveeeeeers), c'est la simple manière qu'a Crumb de voir/comprendre/sentir/ressentir les choses.

Ou, comme le disait Arthur :
Ce qui connaît tout le reste, sans être soi-même connu, c'est le sujet. Le sujet est, par suite, le substratum du monde, la condition invariable, toujours sous-entendue, de tout phénomène, de tout objet ; car tout ce qui existe, existe seulement pour le sujet.

Le sujet n'est pas le sujet. Le sujet est la manière d'observer le sujet.

BOUM ! JE ME LA PÈTE AVEC DES PHRASES IMBITABLES !



Autoportrait tout en nuances.


EN MÊME TEMPS, SCHOPENHAUER EST MORT TOUT SEUL EN FAISANT HÉRITER SON CHIEN.

DONC, LAISSEZ TOMBER, J'AI SÛREMENT RACONTÉ QUE DES CONNERIES.



ET BONNE ANNÉE BIEN SÛR !

jeudi 3 octobre 2013

La bande dessinée est très stylée.

J’ESPÈRE QUE VOUS N'ÊTES PAS PARTI, PARCE QUE MOI JE SUIS REVENU.

David B. continue de nous embêter à parler de style, et moi je suis un artiste, et moi je grille les files d'attente parce que la société ne me mérite pas, et patati, et patata.

David B., Babel, Vertige graphique.


DONC...

La semaine dernière, j'ai essayé de commencer à parler un peu de trucs sur le style. Je dis pas que c'était d'une intelligence toute pénétrante, mais bon... Maintenant que c'est commencé, autant finir le boulot.

RE-DONC...

Dans la question du style, il y a la question de « Comment avoir envie de se choisir un style et marcher dans les rues de la ville avec les filles et les garçons qui se retournent sur notre passage tellement ils sont impressionnés par notre charisme ? » (par quel moyen, et où se trouver un style). Mais il y a aussi la question de « Pourquoi ce style là et pas un autre ? ». Pourquoi un perfecto violet ? Pourquoi une chemise verte à poids ? Pourquoi des dents jaunes ? Pourquoi ?

  • PARCE QU'ON EST A L'AISE DEDANS.



Lewis Trondheim, la première et la dernière page de Lapinot et les carottes de Patagonie, L'association.
(Avec le pire scannage de planche de tout le blog en prime, je suis sûr que vous adorez tous ces anamorphismes, 
c'est ça de se la jouer à faire des bouquins de 500 pages bien imprimés qu'on peut même pas péter la reliure.)

Dixit Lewis Trondheim dans l'introduction aux carottes de Patagonie :
Seulement, je ne sais pas dessiner. Alors je me suis dit qu'on allait pas s'embêter pour si peu, que je pouvais toujours faire deux ou trois cases et qu'on verrait bien.
Lewis Trondheim a dessiné les carottes de Patagonie pour trouver son style. Il part d'un dessin bien gros et, petit à petit, naturellement, il tend vers ce qu'il apprécie et qu'il est en mesure de dessiner (un dessin plus épuré, plus détaillé, des cadres plus larges, moins statiques, etc.).

Pour dessiner 500 pages de bande dessinée sans trop se faire suer, Lewis Trondheim est allé naturellement vers un dessin qui lui est confortable. Parce que faire 500 pages avec un dessin top-relou, c'est juste pas possible. Et parce qu'une des grandes dimensions du dessin (et peut être surtout en bande dessinée), c'est qu'il doit non seulement être agréable à l’œil du l'auteur mais qu'il doit aussi être pratique, facile à utiliser, rapide, qu'il doit éviter à l'auteur de se poser trop de questions. 

(Quand je dis dessin, je veux dire « toutes les petites techniques qu'un auteur apprend petit à petit ». Ne serait-ce que le choix de la plume Machin ou du stylo Truc... Ça joue un grand rôle dans le confort de dessin et ce n'est qu'en testant petit à petit toutes les plumes de l'univers qu'on trouve celle avec laquelle on dessine le plus aisément.)

Pour résumer : on a beau avoir une chemise (un chemisier) super classe dans son armoire, si elle (il) ne va avec rien et qu'il faut réfléchir à chaque fois 20 minutes pour savoir comment on va s'habiller, bin la chemise (le chemisier) va rester dans l'armoire. Au contraire du T-shirt chopé aux puces pour 5 balles et qui est sympa et qui se porte avec tout.


David B., l'ascension du Haut Mal, L'association.

Dans cette planche, on a :
  • David B. qui ne se pose pas 36 questions et qui va devenir dessinateur, naturellement, et ça ira bien comme ça.
  • David B. qui, quand il est enfant, dessine des soldats. Et que fait David B. quand il est adulte ? Il se dessine enfant et il dessine des soldats. Dès son enfance, quand on ne réfléchit pas encore avec les grands mots de « style », « auteur », « crise de la bande dessinée » « zéro euro la planche, et je me suis saigné pour te payer autant », quand on ne dessine que par simple envie ou nécessité, il est naturel d'aller vers des sujets qui plaisent, avec lesquels on est à l'aise, et qu'on apprend à dessiner comme on respire.
  • David B. qui arrive à utiliser un style de dessin (des techniques, des « trucs ») avec lequel il est autant à l'aise pour se dessiner lui et toute sa famille (ligne pure et bien descriptive), pour dessiner des visions cauchemardesques hyper-chelous (ombres fortes et noirs expressionnistes), ou pour dessiner des soldats perses (dessin qui travaille beaucoup les volumes) (on sépare les boucliers, des armes, des visages, des corps ; on se croirait un peu dans une fable géométrique) (quoique cette idée se perdra ensuite un peu au cours de l'évolution du dessin de David B.).

  • PARCE QUE CE SONT DES VÊTEMENTS QU'ON PEUT S'OFFRIR.




Scott Mc Cloud, Zot !, Harper Paperbacks.

Ok, l'idéal est donc de trouver un dessin que l'on trouve beau et avec lequel on est efficace, avec lequel on a mis au point des tas de petites technique permettant d'exprimer l'ensemble des aspects différents d'un récit.

Ok.

Dans l'idéal.

Malheureusement, un des gros problèmes en bande dessinée (mais dans les autres arts aussi), c'est quand on s’aperçoit qu'on a pas les moyens de ses ambitions... 

Si on veut faire un grand film épique mais qu'on a les moyens financiers de Chris Marker, outch... Si on veut faire une série de super héros mais qu'on dessine comme une quiche aux cèpes, aïe... Dans ce cas, il n'y a pas 36 solutions : il faut adapter le fond, l'histoire, ce qu'on va représenter, à ses capacités. 

Si on n'a pas le bagage technique suffisant pour dessiner tout ce qu'on veut, il faut simplement dessiner tout ce qu'on peut (ou faire de la merde, m'enfin, bon).

Dans Zot, Scott Mc Cloud tire le récit vers une ambiance « comics de super héros classique de l'âge d'or avec de la naïveté dedans ». Ce qui lui permet d'avoir un style assez pur (comme les âmes des personnages) (que c'est beau quand j'écris) et assez naïf . Par ricochet, il n'a pas à se forcer pour construire des ambiances sombres et torturées, ambiances qui ne sont pas à la portée de son dessin. (Est-il conscient des faiblesses de son dessin ? Je crois. J'espère. Sinon je suis en train d'assassiner en place publique une grande figure de la bande dessinée. Ce serait moyen.)


David B. & Emmanuel Guibert, Le capitaine écarlate, Dupuis.

Ici, David B. ne se dit pas qu'il est un gros nullos et que c'est même pas la peine qu'il essaye de dessiner ce récit. Il se dit simplement que le style très spécifique mis au point par Emmanuel Guibert (avec un trait dégageant une certaine ambiance à l'aspect rétro qui évoque les souvenirs et les photographies sépia) sera du meilleur goût pour accroître l'impact de son histoire. 

Et il a raison. 

Le bougre.

  • PARCE QUE ÇA MET EN VALEUR NOS QUALITÉS ET ÇA CACHE NOS DÉFAUTS.

Enki Bilal, La tétralogie du monstre - Le sommeil du monstre, Les humanoïdes associés.

Bon d'accord, « ne représenter que ce que l'on peut ». C'est un bon plan. Seulement, parfois, on est obligé de dessiner des choses dans lesquels on n'est pas fortiche. 

On a beau avoir l'air d'un glandu en costume 3 pièces, bin, le jour de notre mariage, pas le choix, on aura l'air d'un glandu.

Ici, Bilal est une grosse tanche en mouvement. Il le sait, qu'il est une grosse tanche en mouvement, puisque ses personnages sont quasiment tous statiques. Ce sont des choses qui arrivent. Même aux meilleurs. Il ne faut pas les accabler. Il faut les prendre dans nos bras et les laisser pleurer pour faire ressortir un peu tous ces mauvais sentiments de frustration qui s'accumulent. Et il faut les encourager à masquer ces défauts par les autres qualités de leur dessin. (Ici, Bilal s'en sort en encadrant ses deux cases « saut du saumon » par deux cases statiques aux personnages beaux gosses. Les cases de mouvement sont rapides. Les cases de beaux gosses sont lentes. On passe donc sur les cases de mouvements pour s'attarder et admirer naturellement les cases statiques.)



Ooooh je vais être méchant et dire du mal. (Encore !?) (Hé oui !)

Le dessin de David B. est très bien, hein... Mais il est relativement statique. Enfin... Pas statique... Mais relativement « non-continuité » (bravo le terme tout pourri). Il y a souvent beaucoup de temps qui se passe entre deux cases de ses bandes dessinées. Chaque case a une telle importance qu'elle contient, en quelque sorte, toutes les informations d'une scène. Lorsqu'on passe à une autre case, on passe à une autre scène.

La qualité de ce dessin, c'est que chaque case est très impressionnante et a beaucoup d'impact.

En utilisant des narratifs pour lier des images très dissemblables mais très marquantes, David B. place le lecteur entre ses souvenirs (les images) et sa manière de les raconter (les narratifs). David B. met le lecteur au centre et le nez en plein milieu de la manière qu'il a de raconter ses souvenirs, le nez en plein milieu de sa « voix », le nez en plein milieu de son style.

Le défaut de ce dessin, c'est que, quand il s'agit de représenter une scène « classique », avec des dessins qui s'enchaînent à la queue-leu-leu pour construire une bande dessinée qui coule tel un ruisseau coule sur de beaux galets ronds (poésie, poésie), quand il s'agit de représenter ce genre de scènes, eh bin c'est pas trop ça.

Du coup, dans ce cas, si on a une scène d'action à faire, autant appeler son ami Christophe Blain.

David B. & Christophe Blain, Hiram Lowatt et Placido - Les ogres, Dargaud.

  • PARCE QUE ÇA NOUS REPRÉSENTE ET NOUS IDENTIFIE PAR RAPPORTS AUX AUTRES. C'EST UNE EXTENSION DE CE QUE NOUS CROYONS ETRE ET DE COMMENT NOUS NOUS REPRÉSENTONS LE MONDE.

Attention, là, c'est un petit peu long comme extrait (on est plus à ça près)...

Un extrait dans lequel Joann Sfar raconte n'importe quoi (ça n'est pas important), mais, entre la manière dont il voudrait qu'on le voie à cause de ses vêtements, la manière qu'il a de parler de ses vêtements (avec crise de mythomanie), l'envie de faire partie d'un groupe (les niçois), et la manière qu'il a de raconter le tout (en se la jouant), entre tous ces éléments, on peut dire que cet extrait colle bien à la thématique. (Et je ne parle même pas du dessin funky pour un personnage qui se sent funky.) (Sfar se sent tout le temps funky.)






Joann Sfar, Ukulélé, L'association.
(Quoi « un extrait un peu trop long pour correspondre au droit de citation » ? Ha ha, mais de quoi parlez-vous !?
On est sur l'internet sauvage, ici, ou bien ?)




David B., l'ascension du Haut Mal, L'association.

De la même manière, David B. se cherche des amis. Des gens avec qui il se sent bien. Une ambiance dans laquelle il se sente bien. Une ambiance qui le représente vis-à-vis des autres et qui lui colle à la peau. Un univers qui est à la fois représentatif de son état d'esprit et qui décrit le monde tel qu'il le voit.

Il ne s'agit pas se fantasmer et faire semblant d'être quelqu'un d'autre. Plutôt se représenter soit et/ou de représenter l'univers tel que nous le voyons (les croquis de gens qui passent chez Sfar ; la forêt accueillante dans laquelle David B. peut s'échapper). Et tel que nous aimerions qu'il soit (plein de niçois gentils) (la bonne blague) et de monstres accueillants (qui existent bien dans l'esprit de l'auteur et du personnage, donc qui existent quand même un peu) (mais pas complètement).

A ce moment, la stylisation d'une bande dessinée (par exemple, l'idée toute bête que le dessin de chaque bande dessinée est différent et lui donne naturellement une singularité) est là pour souligner un fait évident et qu'on oublie : ceci est MA vision, MA voix, MON univers, et je vais vous le décrire...

BON. VOILA. LE STYLE, C'EST UN PEU TOUT ÇA.

A bien des égards, le style est un reflet précis de l’auteur : ce qu’il est, ce qu’il aime, ce qu’il voudrait être, ce qu’il voudrait faire.

Du coup, si l’auteur cherche son style puis le développe, si l’auteur se montre ; tous ses désirs, toutes ses envies, tous ses espoirs vont irriguer sa bande dessinée et lui donner une valeur.

A bien des égards, le style, finalement, c’est tout ce qui constitue l’œuvre du fait même de l’artiste.

LA VACHE QUE C’ÉTAIT LONG ! J'AI PERDU 10 ANS DE MA VIE ET VOUS ALLEZ ME LES RENDRE !

vendredi 27 septembre 2013

La bande dessinée est stylée.

(Attention, aujourd'hui, c'est hyper long.)

David B. nous montre ce qu'est le style.

(Mais longtemps.)



David B., Babel, Vertige graphique.

Pierre Michon, qu'on interrogait sur les nouvelles qu'il avait écrites sur des abbés du X° siècle, répondait pour se la jouer : « Tous ces récits sont autobiographiques, qu’est-ce que vous croyez. ». (Il est comme ça, Pierre Michon, il se la pète.) (Mais il a raison.)

Parce que, fondamentalement, n’importe quel récit, n’importe quelle histoire, du moment qu’elle est réalisée de manière à développer une voix propre (autrement appelée « un style », une manière à soit de construire, d'agencer et de raconter un récit), devient un prolongement de l'auteur. La personnalité de l'auteur se met à irriguer son récit et à déteindre sur icelui. Le style rend donc le récit plus vivant. Le style rend le récit meilleur. Voilà. C'est tout. Fin de la chronique.

OUI D'ACCORD, MAIS C'EST QUOI, EXACTEMENT, LE STYLE ?

Ha bon... Il va falloir détailler alors ?

Parce que, le style, c'est vraiment difficile à définir dites donc...

On va dire que, grosso modo, le style d'un auteur (les choix qu'il fait dans un récit et pourquoi il fait ces choix) (pourquoi tel personnage, pourquoi tel rythme, pourquoi tel action, pourquoi tel phrasé, pourquoi tel dessin), le style d'un auteur, donc, (suivez un peu, elle est pourtant pas longue, cette phrase) le style d'un auteur, enfin, c'est un peu comme sa manière de s'habiller (des habits dans lesquels il se sent bien).

MAIS POURQUOI SE SENT-IL BIEN DANS CES HABITS ?

  • PARCE QU'IL A VU QUELQU'UN D'AUTRE PORTER CES VÊTEMENTS ET QU'IL S'EST DIT QUE ÇA LUI IRAIT BIEN.

Hergé et tout son studio, Tintin en Amérique (deuxième version), Casterman

Ted Benoît, Ray Banana - Berceuse électrique, Casterman

Parfois, quand on rencontre quelqu'un que l'on trouve beau, grand, fort et intelligent, on se dit qu'on aimerait un peu lui ressembler. Et, parfois encore, on se dit qu'on aimerait bien lui ressembler physiquement. C'est un peu idiot. On sait que c'est superficiel. Mais on a l'impression qu'en se mettant dans les mêmes chaussures que la personne en question, on va voir le monde comme lui. Et que ce monde a pas l'air dégueulasse.

C'est exactement ce que fait Ted Benoît. Il a ses marottes (l’Amérique des années 50) et ses fascinations (Tintin). Mais il ne copie pas. Non non non. Le ton, l'histoire de Ray Banana (ironiques, plus noirs, plus malsains) n'ont rien à voir avec ceux de Tintin... N'empêche... Il se dit que Tintin, c'est pas mal, et qu'en copiant certains effets il arrivera à capter une certaine maestria narrative. Il part de Tintin pour raconter autre chose, arriver ailleurs.


David B. & Emmanuel Guibert, Le capitaine écarlate, Dupuis.

David B, lui, aime apparemment beaucoup les récits de Marcel Schwob... Et il aime apparemment beaucoup Marcel Schwob... (Un pote à Robert Louis Stevenson, ça, déjà, ça tape.) Donc pourquoi ne pas s'inspirer de la vie et des récits de Marcel Schwob pour écrire le scénario du capitaine écarlate ? Un récit bien à lui (on y reconnaît les marottes de David B, comme l'onirisme, la langueur), mais un récit qui essaye de se mettre dans les pompes d'un mec qu'on trouve classe (l'imaginaire de Marcel Schwob, avec des pirates, des apaches, de l'aventure).

  • PARCE QU'ON SE TROUVE CLASSE DANS SES VÊTEMENTS (PAS PLUS COMPLIQUE QUE ÇA).

Hugo Pratt, Corto Maltese en Sibérie, Casterman.


Hugo Pratt, Corto Maltese - Sous le signe du Capricorne - Samba avec Tir Fixe, Casterman.

Hugo Pratt surpris au naturel, sortant de sa cuisine au petit-déjeuner.

Faut pas oublier non plus que, à la base, ce que le dessinateur va considérer comme un « bon dessin », c'est surtout un dessin qu'il trouve classe. Un dessin « ouuuh, je me suis bien gavé sur ce coup là ». Un dessin « Je me trop kiffe ». (Un habit dans lequel il va pouvoir se mater dans le miroir en enlevant des lunettes de soleil au ralenti pour faire comme dans les films.)

Avec Hugo Pratt, on a carrément droit au personnage principal qui est un avatar en mieux de son auteur. Quand Hugo Pratt fait un beau dessin de Corto, il fait aussi un super-beau dessin de lui-même.

David B., Journal d'Italie, Delcourt.

Le trait qui tremble et qui rend tout plus fragile, la lumière qui devient rasante et alanguit l'image, la composition en disque qui arrondit, adoucit encore le dessin, l'ajout d'une jolie fille et d'un roman (une jolie fille lisant un roman, quoi de plus sexy, je vous le demande), et le fameux David B. en haut et au centre de l'image qui domine et profite de tout ça... Si c'est pas se trouver classe, je ne vois pas ce que c'est...

  • PARCE QU'ON AIMERAIT QUE LES AUTRES NOUS TROUVENT CLASSE DANS SES VÊTEMENTS.

Cette catégorie est un peu l'inverse de la première. Au départ, on admire des gens. On aimerait leur ressembler. Bon. Ensuite, avec cette base, on se forme son propre look. Cool. Enfin, une fois notre style défini, on aimerait bien qu'il soit apprécié par les autres. Validé, en quelque sorte. 

Parce que ça peut paraître une bonne idée de porter un sweat à capuche. Mais c'est encore plus cool quand on croise ensuite des gens qui portent des joggings Sergio Tacchini.

David B., l'Ascension du Haut Mal, L'association.

Le petit David B s'est mis a dessiner des tas de samouraïs parce qu'il aimait ça. Il a continué parce que d'autres aimaient qu'il dessine des tas de samouraïs. Halàlà, le regard de l'autre ! Halàlà, la midinette !






Jean-Christophe Menu, in à B., L'association.

La consécration : quand un autre auteur exprime son admiration pour vous en imitant / pastichant votre style ; et en le faisant bien. Du coup, là, c'est sûr, les autres nous trouvent classe dans ces vêtements (avec ces dessins). On a réussi a se créer une identité (ou au moins un look) (soyons superficiel) qui plaît.

Et pourquoi c'est si important de se faire valider son style (par des auteurs et/ou par des lecteurs et/ou par des critiques (soyons fous)) ? Parce qu'ensuite on peut progresser. Aller de l'avant. Faire évoluer son dessin. Devenir meilleur.

  • PARCE QU'ON S'ÉPANOUIT MIEUX DANS LES VÊTEMENTS QU'ON PRÉFÈRE.

Franquin (et tous ses amis), Lagaffe mérite des baffes, Dupuis.

Franquin a commencé plus ou moins sa carrière avec Spirou (un personnage qu'il n'avait pas créé), a co-inventé Gaston (un personnage au départ assez mal défini), a réussi à le doter d'une personnalité marquée (au fur et à mesure de ses aventures), pour ensuite faire évoluer considérablement son graphisme pour arriver à quelque chose de très détaillé, précis, inventif et brinquebalant (dans l'extrait ci-dessus, les résistances qui sortent de la télévision, le canapé-un-peu-affaissé-très-détaillé-avec-les-coutures, les objets posés sur le buffet, sont de bons exemples). En parallèle de cette évolution dans la forme, Franquin en profite aussi pour évoluer dans son propos et amène Gaston vers un fond qui est propre à son auteur (anti-militaire, anti pub, pro-écolo, etc. ; jouez avec moi et trouvez d'autres sujets abordés par Franquin).

Franquin a amené tout ce qu'il aimait (prouesses graphiques et politique libertaire) pour pouvoir s'épanouir dans sa série, et encore évoluer, changer, inventer.




David B., l'Ascension du Haut Mal, L'association.

Si on aime les histoires de batailles bien sanguinolentes, on dessine des histoires de batailles bien sanguinolentes. Parce qu'on est passionné par le sujet et qu'on le maîtrise à mort et qu'on peut donc s'esbaudir dedans comme un petit caribou. Parce qu'on « s'y sent libre et qu'on peut y déployer ses fantasmes guerrier ». Bref, parce qu'on peut s'y épanouir (d'une manière bizarroïde).

Et la carrière de David B. (qui n'a jamais renoncé à dessiner des soldats et des bastons) (mais a élargi considérablement sa palette) est là pour nous montrer ce qu'est l'épanouissement d'un style. (On peut d'autant mieux mesurer la distance parcourue que l'on peut suivre ce style dès sa quasi-naissance.) (Un peut comme si on avait sous nos yeux les planches de Gaston Lagaffe et les dessins de Franquin réalisés chez ses parents à 5 ans.)

L’ÉPANOUISSEMENT ? KEKSSEKSSA ?

Pour la plupart des artistes, il est important de non seulement se trouver un style, une « voix », mais d'ensuite faire évoluer ce style, l'enrichir, en peaufiner les nuances, en comprendre les différents aspects, les intégrer, favoriser certains aspects qui plaisent plus à l'auteur que d'autres (le côté brinquebalant chez Franquin ; la sensibilité chez David B.). Une fois un style, un look, une identité trouvés, il faut essayer de faire évoluer ce look pour qu'il colle de plus en plus à sa peau, et pour que ce look suive aussi les inévitables évolutions de notre personnalité.

MAIS POUR REVENIR AU CHOIX DU STYLE...

On voit que tout les moyens de se choisir un style sont mêlés...
  1. On se cherche un dessin.
  2. Pour se faire, on va voir ce que font les autres à côté.
  3. On se trouve quelque chose.
  4. On se le fait valider par les autres.
  5. On est content.
  6. Du coup on s’épanouit dans son dessin et on le pousse plus loin. On cherche de nouvelles choses.
Du coup les gens ne sont pas content et vous disent que c'est pourri et vous vous suicidez, pauvre, seul, et auteur de bande dessinée, c'est vraiment la loose. Ha non, pardon, faut pas dire ça.

Du coup on repart dans une phase de recherche d'un nouveau graphisme, puis d'une validation, puis d'un épanouissement.

Et patati et patata.

C'est encore une fois bébête, mais la reconnaissance permet de valider la démarche artistique et d'aller de l'avant. De faire progresser son dessin.

(« Ok, la capuche, c'est fait, maintenant que je suis dans un groupe je vais essayer de remonter une jambe de pantalon. » « La prochaine fois, j'essaye le : « Hé mam'zelle, vous savez que ton père c'est un voleur?... Parce qu'il a pris les deux plus beaux yeux du ciel et il.. et... il les a mis où ? Attends, je crois que je me suis gouré... » .»)

David B., Babel, Vertige graphique.

J'AVAIS DIT QU'ON FAISAIT UNE PAUSE ?

C'EST PAS UNE MAUVAISE IDÉE. 

ON SE DIT A LA SEMAINE PROCHAINE ?

ON SE DIT A LA SEMAINE PROCHAINE.

BISOU.

(RÂLEZ PAS. JE VOUS AVAIS DIT QUE ÇA ALLAIT ÊTRE SUPER LONG.)

(ATTENDEZ, C'EST TOUT PENSÉ, LE BAZAR. CE COUP-CI, C’ÉTAIT POUR ESSAYER DE VOIR COMMENT ON SE TROUVE UN STYLE. LA PROCHAINE FOIS, CE SERA POUR ESSAYER DE COMPRENDRE POURQUOI CE STYLE LÀ ET PAS UN AUTRE. SI C'EST PAS DE LA CÉSURE MÛREMENT RÉFLÉCHIE, JE SAIS PAS CE QU'IL VOUS FAUT.)