Quelques pages de bande dessinée de temps en temps.

Une critique essayant d'être intéressante à cette occasion.

Un aspect particulier de la bande dessinée à chaque critique.


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jeudi 14 juin 2018

La bande dessinée qu'on dévisage deux fois plus.

OU EN SOMMES NOUS ?

Si je résume les chapitres précédents : en bande-dessinée, les auteurs peuvent décider de représenter leurs personnages avec un masque (peu d'expressions, mais très lisibles, très marquées, dont les changements impulsent un rythme à la lecture et servent le récit) ou être toute en hyper-expressivité chamarrée (avec des variations infimes et infinies qui donnent l'impression au lecteur de mieux connaître le personnage que lui-même et d'être un intime ; la narration est moins nette, mais l'empathie est à son max).

BIN ALORS ? IL EST OU LES PROBLÈME ?

Là où les ennuis commencent, c'est quand on forge un masque à un personnage, et qu'on veut ensuite le faire basculer vers l'hyper-expressivité. 

Bon, bin, en général, on le fait pas. 

Ça ne rime à rien, on va pas détruire tout le travail sur un visage très expressif qui nous permet de deviner la moindre variation de ses humeurs par l’apparition soudaine, comme ça, pouf, d'un masque.

Enfin, bon, comme d'habitude, il y a des exceptions, bien sûr. 
Mais pour être capable de faire de telles exceptions, il faut s’appeler Uderzo, être un des meilleurs dessinateurs de son temps, et ensuite faire de la merde avec la série qui vous a rendu célèbre, 
comme ça les gens ne retiennent que le fait que vous étiez un peu gaga sur la fin et pas que votre dessin défonce tout le monde.

MÊLER LES DEUX MÉTHODES.

Non ce qu'on fera, plutôt, c'est accoler au personnage à masque un personnage hyper expressif, comme ça, ils se complètent, et chacun prend en charge les points forts des deux méthodes. C'est win-win.

D'où le nombre incalculable (enfin, bon, je dis ça, c'est une hyperbole, c'est calculable en fait, mais c'est juste que j'ai la flemme) de duos de personnages principaux, l'un sage, l'autre fantasque.




Il y a des tas d’exemples, et non des moindres !
(Apparemment, quand on est expressif, on garde la bouche ouverte.)

Ils se partagent le boulot. L'un supporte le récit (on est trop à fond avec Johan quand il donne des coups d'épée), l'autre apporte l'émotion (on rigole trop avec Pirlouit quand il donne des coups de casserole) (pourtant, il font la même chose, mais dans leurs registres respectifs). Au final, le lecteur sera à fond tout le temps (dans l'action, dans l'émotion,), et tous les effets en seront décuplés.

QUAND ON PART D'UNE BANDE DESSINÉE MASQUÉE.

En général on ajoute au héros masqué un copain bien plus fantasque, aux traits plus caricaturaux, avec en général un caractère bien trempé.

Les traits caricaturaux sont là pour le rendre automatiquement expressif. Il est déjà, en quelque sorte, déformé. Il pourra se déformer encore plus sans aucun problème pour exprimer toute les émotions qui le traversent.

C'est comme ça que Pirlouit est devenu une espèce de nain de jardin avec le nez de la taille d’une pastèque et des jambes plus courtes que celles de E.T..

Le caractère bien trempé (en général soupe-au-lait, mais il peut aussi être boute-en-train, l'important étant qu'il soit donc en-trois-mots) est là pour décrire un personnage sans filtre, qui dit tout ce qui lui passe par la tête automatiquement. Comme ça, son côté exubérant est moins choquant dans le cadre d'une bande dessinée masquée. C'est juste qu'il est un peu zinzin, aime faire son intéressant, ou est atteint d'un Gilles de la Tourette.

C'est comme ça que Pirlouit gueule sur tout le monde toute la sainte journée (pendant que Johan garde sa mono-expression : il fronce les sourcils) (il est comme ça, Johan).

(C'est vrai que, quand on y pense, si on construisait un personnage à la fois hyper-expressif et hyper-timide, bon, bin, on serait pas super avancé et ça ne mènerait pas à grand-chose de bien passionnant.)

ALORS, BIEN SÛR, IL NE S'AGIT PAS DE FAIRE N'IMPORTE QUOI.

Le personnage exubérant doit malgré tout rester dans les clous de ce qu’on pourrait appeler la « charte graphique » du récit. Ne pas être trop déformé. Ne pas être trop gueulard. (Autrement dit : Gaston La Gaffe chez Blake et Mortimer, ça le fait pas.)

Pour à la fois pousser au maximum les possibilités du personnage et retenir les chevaux, les auteurs vont donc utiliser toutes les possibilités offertes par la bande dessinée (ce medium merveilleux).

Déformation des textes. Ajout de signes extérieurs d’agitation. Expression corporelle.

Et c’est toute la magie de la bande dessinée de pouvoir superposer tellement de niveaux différents d’écriture (le dessin, la chorégraphie entre les personnages, le texte, la forme du texte, les signaux qui ressemblent plus à des panneaux de signalisation qu’à autre chose) pour maintenir un ensemble cohérent.

CHEZ LES PERSONNAGES HYPER-EXPRESSIFS.

Peut-on faire de même (un mélange des deux méthodes) dans une bande-dessinée qui a fait le pari de l’hyper-expressivité ?

ÉCOUTEZ, A PRIORI, OUI, Y A PAS DE RAISON, SI ON Y ARRIVE DANS UN SENS, ON PEUT BIEN Y ARRIVER DANS L’AUTRE.

Seulement, ce sera par une méthode très différente.

Parce qu’insérer un personnage à masque (inexpressif) parmi une foultitude de personnage totalement débridés peu vite le rendre, par contraste, antipathique. Ou au moins l’exclure du mouvement général du récit. (C’est le phénomène de Boulier dans Gaston, qui a toujours sa même tête de coincé du cul et qui est donc unanimement considéré comme un gros con par n’importe quel lecteur.) (Ou de Moe, dans Calvin et Hobbes.)

Watterson fait exprès de cacher les yeux de Moe, pour le rendre encore moins expressif, et donc encore plus méchant.

C'est quand Boulier se déride, à la fin de la page, qu'on commence à l'apprécier.

Un personnage expressif au milieu de personnages à masque accélère le mouvement du récit, a un apport positif, ne peut être qu’apprécié. Un personnage à masque au milieu d’une bande dessinée virevoltante passe pour le boulet de service qui saoule tout le monde.

C'est une méthode qui peut donc être tentée, si on veut construire un personnage de méchant antipathique.

SI ON VEUT PAR CONTRE UTILISER UN PERSONNAGE QUI NOUS EST SYMPATHIQUE.

Il faut simplement prendre un personnage expressif et, parfois, lui faire prendre un masque, puis le rendre à sa vraie nature d'hyper-expressivité. Le masque devient une sorte d'étape, qui ne détruit ni ne marque le personnage. Le tout est qu’il ne reste pas trop longtemps coincé dans son aspect masqué, et revienne assez vite à la souplesse d’expression qui le caractérise. Dans ce cas-là, pris dans le flux, on switche de l’un à l’autre sans même sans apercevoir. Et il conserve notre sympathie. 

ENCORE MIEUX !

Sa capacité à passer du masque à l'hyper-expressivité, sa rapidité de mouvement, son aspect mouvant, changeant, accroissent la vitesse de lecture de la bande dessinée. Sans compter que le passage en mode masqué devient une méthode pour marquer une césure, un changement brutal, et accroître un effet (souvent comique) (mais parfois pas).

QUESTION DE RYTHME.


Le masque matérialisera un changement. Un changement profond, une réaction forte, voir un renversement de la situation. Donc 1°) on établit cette situation, on la répète avec ses variations, puis, 2°) bam on la rompt avec l’apparition d’un masque, 3°) bim effet comique ou dramatique assuré. (Notons que ça peut marcher dans l’autre sens aussi : 1°) répétition du masque, 2°) rupture de la situation et retour vers l’hyper-expressivité, 3°) bam, bim, boum, pouêt, tsoin-tsoin.

Deux cases hyper-expressive, et pouf : un visage qui représente plus rien.
Suivies de deux cases hyper-expressive, et pif : un visage qui représente plus rien.
Trondheim utilise les changements hyper-expressivité / masque pour rythmer son histoire.

(Bon, en vrai, j'avoue, je en sais toujours pas si Trondheim fait des bandes dessinées expressives ou à masque. les personnages changent tout le temps d'expressions (hyper-expressivité), mais ces expressions sont très marquées et stéréotypées (un peu comme des masques). Chez Trondheim, les personnages sont masqués, mais changent de masques à la vitesse du son. C'est son style. (D'ailleurs, quand il fait des personnages plus doux, moins hystériques, bin, c'est de la merde ça marche moins bien.)

BON. DONC. HEIN. SI ON RÉSUME.

On peut très bien utiliser une tactique du masque. On peut très bien utiliser une tactique de l’hyper-expressivité. Et on peut très bien utiliser une technique mixte. On peut tout faire (la bande dessinée, c’est le libre arbitre du vivre ensemble de la start-up nation). Le tout est de connaître les forces et faiblesses de chacun pour le exploiter au mieux de leurs possibilités. (Franquin qui essaye de travailler sur le rythme de son récit, bin ça donnerait des trucs horribles. personne ne veut voir ça.) (Imaginons un instant que Jason veuille faire du Gaston La Gaffe, bin, bon, non, ne l'imaginons pas, ça va m’empêcher de dormir cette abomination.)

COMME D'HABITUDE.

Le champ d'application des bandes dessinées est infini, encore faut-il avoir l’intelligence de comprendre ce qui convient à chacun.



jeudi 7 juin 2018

La bande dessinée qu'on dévisage expressivement.

On en était à dire qu'il y a deux manières de représenter les visages en bande dessinée : soit via un masque (une bouille bien reconnaissable, mais qui bouge pas des masses), soit par une hyper-expressivité (une bouille en pâte à modeler qui révèle et retranscrit toutes les émotions qui traversent le personnage).

Quand on parle d'expressivité, on parle forcément de Bill Watterson, 
un gars capable de faire exprimer mille choses à la bouille d'un petit garçon, aux moustaches d'un tigre, 
ou à une purée d'épinards.

ALORS ATTENTION !

Je m'empresse de préciser qu'aucune de ces deux techniques n'est réaliste. Nous ne sommes ni imperturbables (sauf Christophe Castaner) ni complètement exubérants (sauf Marine Le Pen) (c'est parce qu'elle a un grand cœur, qu'elle adore les gens, et qu'elle prend de la cocaïne avant les débats présidentiels). Tout ça, tout ce dont on parle, ce sont des méthodes de représentation narrative. Le masque, c'est pour améliorer la lisibilité et l'impact d'un récit. L'hyper-expressivité, c'est pour favoriser l'empathie et la sympathie à l'endroit du personnage. Dans un cas, on lira la bande dessinée parce qu'on sera à fond dans l'histoire. Dans l'autre cas, on lira la bande dessinée parce qu'on sera à fond avec le personnage.

(Je m'empresse de re-préciser que, en général, peu de gens utilisent une méthode médiane entre ces deux extrêmes, sauf d'une manière très spécifique, dont nous essayerons de parler pas plus tard que plus tard.) (Teasing.)

LE VOYEURISME, C'EST SUPER !

Quand un type est dessiné dans ses moindres coutures, ça a quelque chose de fascinant. Il n'a jamais deux fois la même tête, jamais deux fois la même expression, jamais deux fois la même émotion. Autant, le gars au masque, ça va, c'est cool, il a une dizaine de masques assez marqués qu'on peut classer et ranger tout bien dans des petites cases, ça va, on gère. Mais quand le visage d'un personnage devient une sorte de pâte à modeler qui ne reproduit jamais vraiment le même visage, qui apporte des nuances toujours variées et différentes, on se met à scruter ce visage, pour le détailler, le particulariser, le comprendre.

Bill Watterson, par exemple, n'avait pas compris cet aspect au début. 
Et puis il a pris confiance en son dessin et les strips uniquement basés sur des visages se sont multipliés.

À mon sens, au début, Bill Watterson travaille plus sur les masques. Calvin passe d'un masque à l'autre 
(ici : joyeux-sourire-triangle, circonspect-yeux-en-billes-de-clown, ronchon-gros-sourcils) 
pour bien marquer le rythme des cases et appuyer les chutes.

Ensuite, de même que Watterson assouplira la nécessité d'une chute en fin de mini-histoire, 
il assouplira également sa mécanique pour construire des visages plus expressifs et nuancés. 
Le visage devient un spectacle en lui-même, Calvin a une valeur (graphique et empathique) en lui-même,
sans avoir besoin d'être justifié par un gag.

On devient comme le pervers fasciné par la voisine sexy d'en-face qu'il scrute avec un télescope pour tout connaître de ses habitudes et de ses envies et, au final, avoir un peu l'impression qu'il fait partie de sa vie (puisqu'il la connaît si bien).

Là, c'est pareil, à force, on aura l'impression de mieux connaître le personnage que nous-même. On reconnaîtra dans telle mimique une part d'une autre expression vue et détaillée plus tôt (et ce n'est pas grave si cette part d'expression commune est plus du au style ou au facilités du dessinateur plutôt qu'à une volonté réelle de celui-ci, ça marche quand même). On décomposera et comprendra donc mieux ce nouveau visage, on aura l'impression de mieux connaître et comprendre ce personnage à chaque nouvelle case qu'on lit.

C'est comme ça que certains auteurs géniaux peuvent tenir toute une histoire en ne cadrant quasiment que leur personnage 
à chaque case. Peu de décor, peu de personnages secondaires, peu d'accessoires. Juste un visage pour accrocher le lecteur.

Du coup, forcément, on va s'y attacher, forcément, on va se rapprocher de lui, éprouver de l'empathie, tout ce que vous voulez (ou alors on n'est que des monstres froids, des psychopathes, des mecs qui n'ont rien a foutre de leurs prochains et qui prennent plaisir à les écraser, bref des gars qui revoteront Macron dans quatre ans, mais, enfin, je ne juge pas, mais, quand même, vous n'êtes pas comme ça, je ne pense pas). On aura ce sentiment de lien fort entre le personnage et nous-même.

Le truc fort de Franquin est que TOUS ses personnages sont hyper-expressifs. 
Donc on s'attache à TOUS les personnages de la rédaction de Spirou. 
Du coup, on est toujours pris dans une sorte d’ambivalence : 
quand Prunelle s'en prend plein la tête, on rigole avec Gaston, mais ça nous fait un petit quelque chose quand même.

SE COMPORTER COMME UN MANIAQUE AVEC UN PERSONNAGE DE PAPIER, C'EST BIEN, SE COMPORTER COMME UN MANIAQUE AVEC UN ÊTRE VIVANT, C'EST MIEUX.

Au fur et à mesure, il sera de plus en plus difficile pour le dessinateur de créer/dessiner de nouveaux visages, de nouvelles subtilités, de nouveaux mélanges sur son personnage, et il va commencer à se construire un jeu du chat et de la souris avec le lecteur, qui va reconnaître le style, la patte du dessinateur, mais attendra aussi de la surprise. Et puisque c'est ce visage qu'il regarde fasciné, c'est sur ce visage qu'il scrutera l'invention. Un visage avec des nuances déjà vues et d'autres encore inédites, pour que ça ne soit ni totalement différent ni totalement répétitif. Le lecteur va rentrer dans une sorte de dialogue secret (et à sens unique) avec l'auteur.

Bref, en plus d'un sentiment d'intimité avec le personnage, va aussi se construire un sentiment de connivence avec l'auteur.




Chez Bill Watterson, cette connivence se construit sur la répétition des gags souvent similaires 
(les gags avec les dinosaures, les gags avec Spiff le spationaute, 
les gags quand ils jouent au Calvin Ball, etc...). 
Tout le jeu, dans la situation comme dans le dessin, est de revivre des situations similaires sans jamais refaire à l'identique. 
Donc, là encore, on scrutera le visage de Calvin, pour détailler les nuances par rapport à son visage du gag précédent.

(Si je résume, le lecteur devient un voyeur qui scrute un personnage imaginaire ET s'imagine discuter avec une personne qu'il n'a jamais rencontrée.) (Je pense que c'est une relation qui part sur des bases saines.)

FRANQUIN, JUSTEMENT !

Je ne voudrais pas qu'on se méprenne sur mes histoires de visage. Oui, je pense que, chez les auteurs hyper-expressifs, c'est le visage qui devient le principal pont entre lecteur et personnage, le principal vecteur d'émotion. Mais, en général, comme ces auteurs sont des bêtes de dessin, ils ne se contenteront pas de rendre les visages expressifs, ils rendront également les corps expressif.

Les corps vont devenir des extensions des sentiments véhiculés par les visages. Mais, même s'ils mettent en branle le même aspect de voyeur-qui-détaille-tout-par-fascination, c'est le visage qui restera le principal vecteur de ses sentiments. Le corps accompagne simplement le mouvement. Il n'est pas la base du truc.

Le corps est un appoint du visage, à l'unisson de celui-ci.

Le corps offre trop de nuances et de variantes pour que ce fameux jeu de reconnaissance-différence-connivence se construise entre le lecteur et le corps du personnage. Nope. Pour établir une telle relation, il faudra forcément un simple visage. Le corps, lui, restera avant tout un pur plaisir de graphiste.

SI JE RÉSUME.

Visage-masque : clarté, changements nets, rythme, narration.

Visage-hyper-expressif : empathie, connivence, lien avec le lecteur.

ET SI ON AVAIT ENVIE DE CROISER LES DEUX MÉTHODES POUR GAGNER SUR LES DEUX TABLEAUX ?

Sur un seul personnage, on ne peut pas (il peut pas être totalement impassible et tout d'un coup méga-expressif, c'est débile).

Avec deux personnages, par contre...

jeudi 30 janvier 2014

La bande dessinée est la plus géniale de tout l'univers, avec un vrai tigre et pas d'ourson

Bill Watterson s'entête ! Ça va ! On a compris que vous étiez le plus fort ! Il va falloir nous laisser, Monsieur !

(Alors, attention, c'est super long. Mais, en même temps, je pouvais quand même pas faire quinze billets sur la même BD.)

Bill Watterson, Calvin &Hobbes, Universal Press Syndicate (?) & Les éditions du Lézard.
(Ça, au mois, ça change pas. C'est important d'avoir des repères, dans la vie.)

REVENONS A NOS MOUTONS...

Je disais la semaine dernière que (selon moi, hein...) le coeur de Calvin & Hobbes réside dans la question : « Est-ce que Hobbes est un tigre en peluche issu de l'imagination de Calvin et de l'auteur ? ». 

(Une question que tout le monde s'est au moins posé une fois en lisant Calvin & Hobbes.) 


(Enfin... J'espère. Sinon toute la chronique tombe à l'eau.)

D'AILLEURS, WATTERSON LUI-MÊME NE TRANCHE PAS :


« Hobbes est un jouet en peluche dans une case et vivant dans la suivante, je juxtapose la vision adulte de la réalité avec celle de Calvin, et j'invite le lecteur à décider laquelle lui semble la plus vraie. »


QUOIQUE...

« Mais la BD n'affirme rien. C'est l'hypothèse que font les adultes parce que personne ne voit Hobbes de la même manière que Calvin. Certains journalistes qui écrivaient des articles sur les amis imaginaires m'ont demandé un commentaire à ce sujet ; et je m'y suis toujours refusé, parce que je ne connais absolument rien aux amis imaginaires. Il me semble que, si vous vous inventiez un ami, vous feriez en sorte qu'il soit toujours d'accord avec vous, et pas qu'il vous dispute sans arrêt. Je soupçonne donc Hobbes d'être bien plus réel que n'importe quel enfant pourrait en rêver. »

C'EST CE QUI S’APPELLE ENTRETENIR LE DOUTE, DITES-DONC.


Parce que, au final, c'est la question en elle-même qui forme le coeur de cette bande dessinée. Pas la réponse.


ÇA Y EST. JE LE SAVAIS. IL SE DÉFILE. IL NE VA PAS RÉPONDRE.

Ah non mais si si, je vais essayer de répondre. 

Mais je vais aussi essayer d'expliquer pourquoi cette réponse n'a aucune importance.

AH ÇA M'A L'AIR ENCORE SIMPLE, CETTE HISTOIRE !


Le problème de Calvin & Hobbes est de savoir de quel point de vue on se place. Est-ce qu'on est dans la tête de Calvin (Hobbes est une peluche) ? Est-ce qu'on est dans la tête de Hobbes (Hobbes n'est pas une peluche) ? Est-ce qu'on est dans la tête de Watterson (Hobbes est ce que Watterson veut bien qu'il soit) ?





Le mystère de la peluche à rayures.

ET POUR RÉPONDRE A CETTE QUESTION : UN PETIT COURS BIEN CHIANT.


On sépare en général les points de vue en trois catégories :


La focalisation zéro. Exemple : « Je suis Dieu et je sais tout sur tout. En particulier ce que tu as fait hier soir dans ta chambre. Et ça me fait beaucoup de peine. Notamment pour ce pauvre hamster qui n'avait pas l'air bien consentant. Ça me désole encore plus de savoir ce que tu feras dans le futur de ces DVD d'Hamtaro que tu viens de commander. Oui ! Je sais tout ! »


La focalisation interne. Exemple : « Je suis un journaliste économique et (saloperie de nantis de chômeurs) vous ne percevrez le monde (saloperie de nantis de fonctionnaires) qu'au travers (réforme structurelle) de ce que je pense (saloperies de nantis de français) et de ce que je vois (Pujadas, tu es beau), rien d'autre (pauvre entrepreneurs exsangues). »


La focalisation externe. Exemple : « Je suis un simple spectateur du quotidien qui ne connaît ni les pensées de ce quidam marchant en pâlissant avec un cadavre de cochon d'Inde dans les mains, ni celui de ce particulier tout rouge qui déchire un exemplaire de l'Huma en criant que la France n'est rien sans les chefs d'entreprises. Je ne me réfère qu'aux faits. »


ET LÀ !


Sous vos yeux ébahis (et beaux) (et soyeux), je fonde une quatrième catégorie :


LA FOCALISATION MULTIPLE.


Qui consiste à naviguer entre les points de vues, à passer de l'un à l'autre à un troisième, comme ça, quand ça nous chante, parce que c'est plus pratique. ET A NE SURTOUT PAS UTILISER LA FOCALISATION ZÉRO (on est avec les persos, pas au-dessus d'eux). 


C'est ainsi que Watterson se rapproche toujours plus de ses personnages... Quels qu'ils soient.

Parfois, il fait de la focalisation externe (les faits, rien que les faits).

Quand Watterson parle de la guerre, c'est sérieux, c'est carré, c'est focalisation externe, ce sont des faits : 
la guerre, c'est débile.

Parfois, il fait de la focalisation interne (uniquement dans la tête d'un personnage).

Rien ne vient à l'encontre des idées de Calvin : 
c'est définitivement trop mauvais pour qu'il s'imagine une autre manière de cuisiner cette nourriture.

Parfois, il alterne plusieurs focalisations internes (un coup Calvin, un coup Hobbes, un coup les parents).

Point de vue de Calvin ensuqué, puis point de vue de Hobbes-le-meilleur-chasseur-du-monde, 
puis point de vue de Hobbes-terrorisant-sa-proie, puis point de vue bienveillant des parents.

Parfois, il fait de la focalisation interne qui se finit en focalisation externe.

A moins que ce soit de la focalisation externe qui se finisse en focalisation interne ?

 Une scène du point de vue de Calvin, ballotté et malmené tel qu'il le ressent.

Une scène d'un point de vue externe, objectif, telle qu'est vraiment la situation.

Et que dire quand deux focalisations cohabitent dans la même case ?

Ici, les points de vue de Susie ET Calvin se côtoient sans se contredire. 
C'est normal. Ce sont deux enfants. Ils sont sur la même longueur d'onde.

Là, tout de suite, là, juste sur cette case, impossible de savoir si c'est Calvin qui fait son cirque (point de vue de Susie) 
ou si c'est le sandwich vivant qui attaque (point de vue de Calvin). Non ?

VOUS AUSSI, VOUS AVEZ MAL A LA TÊTE, OU C'EST MOI QUI COUVE QUELQUE CHOSE ?

Il faut toute la maestria de Watterson pour rester cohérent et jongler entre les différents points de vue sans nous paumer.

Pour cela, il fait appel au dessin pur.

 Putain de nom d'un petit bonhomme que c'est beau.

Au découpage.

Des cases et inter-cases de tailles identiques pour des instants de durées et de valeurs identiques.

Un aparté qui n'a rien à voir mais vous vous rendez compte que Watterson utilise même les inter-cases pour dire quelque chose ?
(Des inter-cases plus minces ou plus larges selon le temps qui se passe entre chaque case.)
MÊME LES INTER-CASES, BORDEL DE MERDE !

Au scénario, aux personnages, à ce que l'on sait d'eux.

Que c'est meugnon.

Ou à tout en même temps.


BON, MAIS SINON, ON NE S’ÉLOIGNE PAS UN PEU DE LA QUESTION ?

Tout ça pour dire que Watterson fait cohabiter le point de vue des différents personnages entre eux...


OUI, D'ACCORD, ET ALORS ?


Et alors ces points de vue multiples permettent d'en apprendre plus sur nos deux héros.

PAR EXEMPLE : 


L’AMITIÉ DES DEUX HÉROS.


Hobbes ne se conforme jamais à la vision de Calvin. Il n'est jamais vu par Calvin comme un alien, un dinosaure ou un monstre. Il est vu comme Hobbes. Les imaginaires de Calvin et Hobbes s’équilibrent et rentrent en symbiose, pas en concurrence.


L’AMITIÉ DES DEUX HÉROS FACE AU MONDE.

Calvin et Hobbes sont deux personnages perdus dans un monde qu'ils ne comprennent ni ne maîtrisent.

Calvin est dominé par ses parents et plus généralement par le monde adulte. Hobbes, c'est pas beaucoup mieux : il se conforme sans cesse à ce qu'on attend de lui. Susie voit en lui un gentil agent double ? Il aide Susie. Les parents ne voient en lui rien de plus qu'un doudou ? Il est ce doudou. La brute de l'école pense qu'il est complètement inutile ? Il est compl... Ha non, flûte, ça marche pas.




Ça ne marche pas, parce que, dans ce cas, la manière qu'a Calvin de voir son meilleur ami l'emporte sur la manière qu'à la brute de le voir. L'amitié des deux compères est plus forte que la bêtise de l'autre guignol. On peut être bridé jusqu'à un certain point, mais pas jusqu'au point de renier son meilleur ami et de ne pas lui venir en aide.

(Quand Hobbes se conforme à la vision que les parents ont de lui, c'est que 1°) Calvin est aussi dominé par la vision des parents ; 2°) les parents veulent le bien de Calvin.) (Quand Hobbes se conforme à la vision que Susie à de lui, c'est parce que Susie est trop craquante. Et que Calvin est, au fond, d'accord avec ça. )


En fait, Hobbes se laisse imposer le point de vue des autres, tant que ça ne nuit pas à Calvin.

Vrais amis pour la vie !

L’AMITIÉ DES DEUX HÉROS EXPLORANT LE MONDE.

Ils utilisent leurs imaginations (parfois c'est celle de l'un qui mène la danse, parfois c'est celle de l'autre) (souvenez-vous du calvinball) pour essayer de se construire un monde à leur hauteur et à leur image.


L'univers entier leur donne de nouveaux terrains de jeux à découvrir et où s'épanouir.


L’AMITIÉ DES DEUX HÉROS DÉFENDANT UNE PHILOSOPHIE DE VIE.

Cette démarche rejoint celle de Watterson (que j'ai essayé de décrire dans les posts précédents), qui a réussi à s'aménager des terrains de jeux quasiment illimités dans lesquels il peut changer de sujet, de genre de récit, de style de dessin, sans perdre le lecteur une seule seconde. La liberté qu'a Watterson de changer la forme ou le fond de sa bande dessinée quand bon lui semble, d'utiliser n'importe quel objet pour le transformer ou en faire un nouveau sujet de strip, rejoint la liberté qu'a Calvin de faire ce qu'il veut, où il veut, de ce qu'il veut.

L’AMITIÉ DES DEUX HÉROS AU CENTRE DE TOUT.


1°) Oui (à mon humble avis, tout ça), Hobbes est un vrai tigre, puisque quand il s'agit de ne pas faire semblant pour plaire aux parents ou à Susie, il peut très bien péter la gueule à Moe.

2°) On s'en tape, parce que cette question de savoir si Hobbes est un tigre ou pas sert surtout à développer d'autres qualités de la bande dessinée.

3°) On s'en tape, parce qu'il n'est pas important d'être sûr que Hobbes soit ci ou ça. Il faut juste qu'on doute de sa nature.

C'est vrai, après tout, vous pouvez toujours me rétorquer : « Quand même, on peut pas dire le contraire, votre explication est un peu vaseuse...  » « Finalement, on doute toujours de l'existence de Hobbes. »

AHA ! « ON DOUTE. »

Voilà tout l'intérêt !


Les sens aiguisés par cette question et ce doute continu, on cherche à comprendre, on évalue les différents points de vues, on essaye de se glisser dans l'esprit des gens extérieurs qui se demandent ce qui se passe entre cette foutue peluche et Calvin ; on essaye de se glisser dans les pensées de Hobbes, qui est peut être simplement très timide et gentil quand il est confronté à quelqu'un qu'il connaît moins que son meilleur ami. On se met à la place de tous les personnages.



Ou comment l'histoire d'un petit garçon et d'un tigre qui se font toujours imposer le point de vue des autres nous convainc d'être attentif à tous les points de vues et à tous les possibles.

J'aime bien les schémas, moi. Pas vous ?

Tout devient soudain possible pour un lecteur de Calvin & Hobbes. Même de croire qu'un petit garçon est ami avec un gros tigre aux belles rayures dans une petite banlieue de ville américaine. Ou que ce tigre est la simple peluche d'un garçon à l'imagination débordante. Ou qu'on assiste a une très belle amitié. Ou à une vision du monde unique.

Ce flux et ce reflux, fait du mouvement de l'imaginaire même, donne toute sa vie et toute son intensité aux récits de Calvin et Hobbes.

Une oeuvre dans laquelle la vie devient papier et le papier de la vie...


jeudi 23 janvier 2014

La bande dessinée est la plus géniale de tout l'univers avec des tartines de thon.

Bill Watterson nous re-démontre qui c'est qui est le boss in da place. 

(Il est comme ça, Bill Watterson.) 


(Il aime bien que tout soit clair.)





Bill Watterson, Calvin & Hobbes, Universal Press Syndicate (?) & Les éditions du Lézard.

LA SUITE DE CE QUI PRÉCÈDE.

Il faut ajouter une nouvelle qualité à celles énumérées tantôt à propos de Calvin & Hobbes.

Une des plus remarquables caractéristiques de toute cette extraordinaire bande dessinée (tel le sel de la mer, le plumage du paon, le Walter PPK de James Bond, le racisme ordinaire des français, ou le souffle de la vie) est le travail réalisé par son auteur pour jouer et dialoguer avec le lecteur.

On n'aime pas seulement Calvin & Hobbes parce que c'est drôle, intelligent, émouvant, et patati et patata.

On l'aime aussi parce que l'auteur construit nos attentes, ou les déjoue, nous piège, ou nous conforte dans celles-ci.

Bref, parce qu'il nous implique.

C'EST D'AILLEURS UNE DES CLEFS DE LA CONSTRUCTION DE CALVIN & HOBBES.

CLEF QUE WATTERSON DÉVELOPPE A TOUS LES NIVEAUX.

De manière spécifique sur chaque page ; dans la diversité des gags quand on commence à en avoir lu pas mal ; et même au niveau du concept général de sa bande dessinée.

POUR CE QUI EST DE « LA MANIÈRE SPÉCIFIQUE A CHAQUE PAGE »...

Voilà une page...

...Et voilà ce qu'on comprend avant de commencer à lire.

Le lecteur sait qu'il va avoir droit à une histoire à chute/gag. Watterson sait que le lecteur sait. Il va donc l'allécher, d'entrée de jeu, avant toute lecture, par l'aspect global de sa page qui dit déjà : « Ok, tu veux du gag. Ok ok... Bon, regarde le petit Calvin dans le coin bas droit. C'est la chute en fin de page. On est d'accord, tu vas l'avoir. Pas de soucis. Donc tranquillise toi. ».

Cela permet à Watterson de développer un discours philosophique, philologique, et pas du tout rigolo (plus mélancolique et moins rapide) durant le reste de la page. Le lecteur se dit « Haha ! Ce qu'on va loler à la fin ! » et, en attendant, il accepte le reste sans sourciller. 

ON A DONC EU :


 Un beau dessin, expressif et efficace...

Mis en place pour développer une bande dessinée attentive à l'expression des sentiments des personnages...

Rendue possible par un découpage rythmé permettant de manipuler le lecteur...


Afin de créer des points de suspension dans le récit.


 Suspension qui permet à son tour de développer toutes les qualités ci-dessus citées.
(Dessin, expressivité, attention aux personnages, profondeur, patati.)

C'EST FORTICHE, QUAND MÊME !

Le plus fort étant que cette suspension, utilisée pour approfondir les personnages, sert aussi à modifier le rythme de l'histoire pour amener une chute plus abrupte, plus marquante, et plus drôle. Ou, comme on dit de par chez moi : « rien n'se perd, ma brave dame ».

Avec ce système, Watterson nous dit au début : « Hey, jeune impétrant ! Fais moi donc confiance ! ». Et nous de dire à la fin : « Whou ! Un gag + de la profondeur + un bout de chou émouvant ! Ça vaut le coup ! La prochaine fois, je lui ferais confiance derechef, à ce Watterson ! »

Bref :  le dialogue auteur-lecteur s'installe...

OUI, D'ACCORD, M'ENFIN, BON, ÇA PEUT ÊTRE LASSANT, TOUJOURS LE MÊME SYSTÈME, UNE FOIS QU'ON A PIGÉ LE TRUC.

Rien de plus vrai.

C'est pour ça que ce n'est pas toujours le même système.

Comme ça, une fois le dialogue auteur-lecteur établi, il n'est jamais brisé par une quelconque lassitude ou impression de répétition ; on a toujours le sentiment d’approfondir notre relation aux personnages et à l'auteur.

ALORS ATTENTION !


Est-ce qu'il y a toujours Calvin et Hobbes dans Calvin & Hobbes ? Oui. Est-ce qu'il y a toujours des gags ou des réflexions philosophiques à la fin de chaque histoire ? Oui. Est-ce que Watterson travaille toujours son rythme dans l'optique de se rapprocher des personnages ? Oui.


MAIS !


Il va faire varier ce qu'on pourrait appeler la forme de sa bande dessinée (le type de dessin, le type de récit) pour ne pas lasser sur le fond (dessin, expressivité, attention aux personnages, profondeur, vous connaissez le topo, oui, je me répète, oui, je suis gâteux, oui, je regarde les Feux de l'amour en ressassant mes souvenirs de jeunesse durant la guerre de 40, ce temps béni où la France avait enfin trouvé un führer leader digne d'elle en la personne du Maréchal).


(Et maintenant, sous vos yeux ébahis, une petite partie pour les anglophones, c'est pédagogique, ça récompense ceux qui suivaient à l'école en cours de langue ou ceux qui téléchargent illégalement Game of Thrones et suivent ça avant même que les sous-titres ne soient dispos.)







Variations sur la forme : on passe d'une chronique quotidienne sous la neige à un polar, puis à un dessin réaliste animalier.
(N.B. : Les trois strips-bonhomme-de-neige sont aussi changeants : un strip-une-case, un strip silencieux, un strip très dialogué.)

PREMIER INTÉRÊT DES VARIATIONS : NE JAMAIS SE RÉPÉTER, NE JAMAIS S'ENNUYER.

Une allégorie de toutes les histoires de Calvin et Hobbes.

Quand on a assez fait de bonhommes de neige, bin on passe à des girafes pour parler d'autre chose. Quand on en a assez du foot, on passe au badminton, puis au calvinball.

De cette manière, Calvin & Hobbes ne lasse ni le lecteur (qui n'achète pas forcément cette bande dessinée pour se barber), ni l'auteur 
(qui pourrait s'épuiser à raconter toujours les mêmes histoires).

(Rien de problématique à réaliser une œuvre disons, euh, un rien ardue pour le lecteur. (Qui a dit : « Beckett » ? Qui a dit : « Joyce » ? Qui a dit : « en bande dessinée aussi, dites donc » ?) Il y a de très bonnes oeuvres qui expliquent que la vie est pas jolie-jolie et qui se mettent au diapason de cette réalité.) (Seulement, ce n'est pas du tout le sujet de Calvin & Hobbes. Au contraire.)

(Ce
 n'est pas non plus spécialement négatif que l'auteur déprime. On s'en tape, dans l'absolu, de l'auteur. Par contre, si celui-ci essaye d'humaniser ses personnages en diffusant à travers eux et qu'il devient un sale con (ou plus simplement un blasé/fatigué), eh bien ses personnages ont toutes les chances de devenir aussi des sales cons (ou plus simplement des blasés/fatigués).) (Les plus vieux d'entre vous, qui se souviennent des dernières saisons de X-Files comme d'autres se souviennent du Vietnam, me comprendront.) (Et ni Calvin ni Hobbes ne sont des blasés.)

Cette logique est poussée à fond les ballons sa mère chez Moebius, qui dessine d'une page à l'autre, d'un jour à l'autre, suivant son humeur. Humeur changeante, forcément. Et donc bande dessinée changeante. Il ne se lasse donc jamais de l'exercice, puisque ce n'est jamais le même exercice.

Images de Moebius en train de ne pas s'ennuyer.

Bref, comme le dit Calvin : « la seule règle du calvinball est qu'on ne peut pas jouer deux fois avec les mêmes règles ». 

DEUXIÈME INTÉRÊT DES VARIATIONS : MIEUX DÉCRIRE UNE CERTAINE RÉALITÉ, SE RAPPROCHER DES PERSONNAGES, S'EXPRIMER EN TANT QU'AUTEUR. (TOUT ÇA !)

Si je re-re-re-re-re-résume certaines qualités évoquées dans le précédent message, il y avait :

  • Une bande dessinée expressive.
Et un dessin est d'autant plus expressif qu'on peut le modifier en fonction de ce qu'il doit montrer.

Que ce soit dans son style :


Ou dans l'univers qu'il décrit :


(On note l'utilisation des couleurs chelou, très pulp, qui influent aussi sur la signification du dessin.)

  • Une bande dessinée attentive à des personnages profonds.
Le style peut être modifié pour exprimer la manière dont un des personnages perçoit son environnement.



Double effet kiss kool : on est surpris par une nouvelle approche graphique ; on est donc curieux de son explication ; on est d'autant plus attentif au point de vue du personnage qui explique tout ce mystère.

  •  Une bande dessinée stylée et personnelle.
En développant tout un tas d'outils graphiques ou narratifs pour mieux s'exprimer, Watterson personnalise sa bande dessinée autant que ses personnages, pour en faire un univers unique.

On voit pas ça tous les jours...

DONC, EN FAIT, TOUT EST DANS TOUT ET TOUT SERT A TOUT.

Les variations servent les autres qualités de Calvin & Hobbes, et les autres qualités de Calvin & Hobbes servent les variations.

Pour résumer ça, un schéma moche :

Quoi ?! Tout le monde est pas obligé d'être un pro de Photoshop ! Ça va bien, le diktat du bon goût !

Je dirais même plus : un schéma très moche :

C'est bien plus clair comme ça, non ?

Alors, certes, là, tout de suite, à brûle-pourpoint, ça paraît compliqué.

C'est parce que ça l'est.


Une bande dessinée, ce sont des tonnes et des tonnes d'éléments différents qu'il faut maîtriser puis associer de la manière la plus harmonieuse et performante possible.


La bande dessinée, c'est chaud.


C'est tout au mérite des auteurs de se gratter la tête toute la sainte journée pour essayer d'identifier et ensuite appliquer ce genre de bazar à base de flèches, de mots violets, oranges, gris, et bordéliques..


C'est tout au mérite de Bill Watterson d'arriver à en faire un tout cohérent.


UN TOUT UTILISÉ DANS UN BUT ENCORE PLUS SIOUX, ET NON DES MOINDRES : RENFORCER LE COEUR MÊME DE SON OEUVRE.

Un coeur qui repose sur une question : « Est-ce que Hobbes est un tigre en peluche issu de l'imagination de Calvin et de l'auteur ? ».


Selon moi, la réponse est « non ».

J'ESSAYERAI D'EXPLIQUER POURQUOI LA SEMAINE PROCHAINE.




Dites donc, ça a été l'orgie de pages, ce coup-ci. Pour un dossier sur Watterson, un auteur particulièrement à cheval sur l'utilisation et le détournement de son travail, ça ne manque pas de piquant. (Je dis ça, je dis rien.)

JE NE SAIS PAS. JE NE VOUS ENTENDS PAS. JE SUIS DÉJÀ PARTI.